Burkina Faso : quand la révolution s’invite dans les mosquées et les églises

Après les mines, l’armée et l’économie, le Burkina Faso ouvre un nouveau front de sa quête de souveraineté : la régulation du religieux. En adoptant une loi encadrant les libertés religieuses le 20 juin 2026, les autorités burkinabè affirment leur volonté de reprendre le contrôle d’un espace longtemps laissé aux influences extérieures et aux dérives extrémistes. Une démarche qui s’inscrit dans la vision panafricaniste défendue par le capitaine Ibrahim Traoré_
Pendant des décennies, les débats sur la souveraineté africaine se sont concentrés sur les ressources naturelles, les bases militaires étrangères ou encore la dépendance économique. Au Burkina Faso, les autorités de la transition estiment qu’un autre champ stratégique mérite désormais d’être investi : celui du religieux.
Le 20 juin, l’Assemblée législative de transition a adopté à l’unanimité une loi relative aux libertés religieuses. Derrière ce texte de 110 articles se dessine une ambition plus large que le simple encadrement du culte. Il s’agit de réaffirmer l’autorité de l’État dans un domaine devenu particulièrement sensible dans un pays confronté depuis plusieurs années à la menace terroriste.
Pour le gouvernement, il s’agit de combler un vide juridique qui permettait parfois à des prédicateurs radicaux ou à des réseaux d’influence étrangers de prospérer à l’abri du principe de liberté religieuse. Le ministre de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, défend ainsi un texte destiné à prévenir les dérives extrémistes, lutter contre les discours de haine et renforcer la cohésion sociale.
Concrètement, la loi maintient la liberté de conscience et de culte, mais impose désormais un contrôle accru sur l’ouverture des lieux de prière, l’exercice de la prédication et le financement des organisations religieuses. Les responsables religieux devront justifier de leurs compétences et les structures confessionnelles seront soumises à de nouvelles obligations de transparence financière.
La disposition ayant suscité le plus de débats concerne l’interdiction d’ériger des lieux de culte dans les services publics. Sur les réseaux sociaux, certains y ont vu une atteinte à la liberté de prier. Les autorités répondent qu’il ne s’agit pas d’interdire la pratique religieuse, mais d’empêcher l’appropriation permanente d’espaces relevant de l’État et destinés à tous les citoyens, quelles que soient leurs croyances.
Cette réforme marque une évolution importante dans la conception de la laïcité au Burkina Faso. Longtemps perçue comme une simple neutralité de l’État, elle devient un instrument de régulation visant à préserver l’unité nationale dans un contexte de fortes tensions sécuritaires.
Au-delà de son aspect juridique, cette loi traduit également l’orientation politique de la transition dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré. Depuis son arrivée au pouvoir, celui-ci défend une vision du panafricanisme fondée sur la reconquête de toutes les formes de souveraineté notamment militaire, économique, culturelle et désormais institutionnelle.
Dans cette lecture, la lutte contre l’extrémisme religieux n’est pas seulement une question de sécurité. Elle devient un enjeu de souveraineté nationale. L’État entend décider lui-même des règles qui organisent la coexistence des croyances sur son territoire, sans subir de pressions extérieures ni de financements opaques susceptibles d’alimenter les divisions..

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